NYC - Mixage Album Sharko Jour 2 - "La porte!" (3/11)

18 Apr 2016

(Pour info: journal tenu lors de notre séjour à New York en janvier 2016. J'y étais alors, avec notre manager, pour mixer le nouvel album de Sharko; "You Don't Have To Worry". Il s'agit de mes impressions notées quotidiennement et reprises ici.)

 

Cher journal. Débuts compliqués. Affligés par le jet-lag, on dort à peine la nuit, on se réveille n'imp'. J'ai les yeux gonflés comme des roues de moto du Paris-Dakar et Christophe a de telles valises sous les yeux qu'il exploserait la limite autorisée sur un vol Ryanair.
Dehors, le froid pique. Nous décidons pourtant de profiter de New York: le matin avant le studio, nous repérerons des lieux que la nuit après le studio, nous irons filmer pour documenter notre séjour. Nous errons comme des quiches mal fagotés dans Manhattan, j'ai froid et je ressemble à rien.
Débuts compliqués au studio également; difficile de trouver la bonne méthode pour communiquer avec Mark. Candide, je veux aider en expliquant le sens des chansons et je me lance dans des explications imagées: "Yo man, tu vois, il y a une cadence hypnotive. C'est comme un petit train dans un tunnel, on promet la fin du tunnel et ça tarde, ça tarde, grosse frustration imposée, you see? Avec le refrain, on ouvre le tunnel et ensuite guitare blabla… you see?".
Je note que pendant que je m'enflamme, Mark trépigne et checke son téléphone. Aïe.

 

(Je m'étonne également qu'il ne parle pas davantage des prises et leur contenu, des sons et leur provenance et des arrangements ou même des paroles nom de djeu.)

Pour aller aux toilettes au studio, il y a une porte spéciale qui calfeutre le son et protège du froid. Cette solide et large porte n'a pas de chambranle, elle se ferme quand elle est d'équerre. Elle est dure et lourde à manier, tirer, pousser.
De retour de toilettes et bon élève, j'ai voulu la refermer correctement mais j'ai senti une résistance. J'ai poussé, j'y étais presque. J'ai repoussé un coup… et "SCHHHHHHRRWIK", j'ai senti le stud: j'étais passé au-delà de l'équerre, j'avais forcé les vis hors charnières!

Mais comment c'est possible? Ici? M'enfin, c'est New York, merde!
La porte tenait à peine, je me suis senti tout cake, je ne bougeais plus.

Puis ce léger mais long "Swwwwiiiiiirrrkkkkkrr"; le bruit d'une vis qui cédait sous le poids. Mark s'est levé: "What the fuck! O man! What happened? Fuck!". Il a inspecté la porte... et s'en est retourné au mix, dépité.
Suis allé chercher Christophe: "Viens m'aider, j'ai bousillé la porte, elle va tomber, si elle tombe, ce soir, on est dans l'avion du retour encadré par le FBI. Viens m'aider!".
Avec son allure d'ardennais bourru qui n'a pas peur d'une porte, il a saisi celle-ci avec une autorité de bûcheron de La-Roche-en-Ardenne et a tenté de la remettre dans son lit, les vis dans leur loge. Comme il faisait beaucoup de bruit avec sa bouche et avec la porte, j'ai cru un instant devoir appeler les pompiers. Mark a tenté l'apaisement devant le raffut: "It's ok guys, it was old. It's ok, don't make it worse, it's ok really!" et nous a apporté une aide bienvenue en tirant la poignée de porte avec force mais "SHHHTOK"… la poignée a lâché à son tour, elle s'est cassée d'un coup sec... Mark l'observait incrédule: nous étions bons pour Ryker's Island et le FBI, ai-je pensé en textant à mes proches à quel point je les aimais, adieu.

Christophe, ce sauveur, s'est emparé de la poignée, et tout en contenant un fou rire épouvantablement malvenu, il a refixé la chose avec des plaques d'acier de fortune et des vis à l'foufelle. Tout est rentré dans l'ordre - sauf la porte.

(Je me suis retenu d'aller pisser pendant 5 jours.)
Vite un donut pour me remonter le moral!

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