Concours Reine Elisabeth 2016

18 May 2016

Cher journal, l'autre soir, j’ai eu la chance d’être convié au Concours Reine Elisabeth 2016 afin d’assister à une demi-finale.
La veille, tout fier d’avoir reçu l’accréditation, j’avais croisé mon voisin Pierre-Marie à qui je n’avais pu cacher ma joie. Vilain, il m’avait de suite assommé: “Mais pourquoi vous? Vous faites du rock! Vous jouez comme une branche au piano, je vous entends des fois, c’est affreux!”. Il avait également eu le culot d’ajouter qu’il eut bien aimé que je l’emmenasse, ce à quoi j’avais répondu: “Ça va pas la tête Pierre-Marie? Je suis pas Mary Poppins!“.
(Plus sérieusement, Pierre-Marie est en chaise roulante et je me voyais mal me prendre la tête dans les escaliers de Flagey avec celle-ci et l’entendre couiner à chaque volée.)

Une fois Pierre-Marie écarté d’un coup de pied et d’un rire de hyène, j’avais téléchargé à la hâte “Amadeus” (pour me cultiver) et j’étais parti en quête d’un smoking queue de pie (pour être raccord).

 

Sur place, à Flagey, tout était majestueux…
Juste avant le début des épreuves, on m’a présenté le candidat américain Alexander Beyer, 21 ans, qui allait entamer un concerto quelques minutes plus tard. Sur le piano d’entraînement des candidats installé dans les loges, je lui ai montré comment jouer la mélodie du nouveau single de Sharko “You Don’t Have To Worry”. Je crois qu’il était impressionné par tant de magie. Je lui ai ensuite demandé pourquoi s’était-il orienté vers le piano et pas le base-ball, les armes ou le surf puisqu’il était américain. Haha. Comme il ne riait pas, j’en ai conclu qu’il était mort de trac. J’ai regagné alors ma prestigieuse place de V.I.P. à la cool.

 

Si le premier concerto de EunAe Lee m’a laissé de marbre (j’ai passé mon temps à me demander pourquoi elle avait choisi une robe couleur chair aussi moche), le second avec Alexander Beyer m’a complètement enthousiasmé; il a joué avec une telle excellence, peut-être était-il inspiré après m’avoir vu pianoter “You Don’t Have To Worry”.

 

A la mi-temps ou à l’entracte, comment dit-on, je ne sais pas, j’ai été convié à dévoiler mes impressions en direct à la télévision sur La Trois RTBF.
J’étais évidemment complètement à l’aise puisque j’ai quand même composé des oeuvres telles “Spotlite” (trois accords La, Ré et Sol tout du long) ou “Motels” (quatre notes en tout, joués avec un doigt). Et puis, pourquoi complexer? J’ai moi-aussi fait des concerts dans des lieux prestigieux telle la foire aux Camemberts de Bouillon ou encore au café “La Quèquète à Jujules” à Ocquier.

 

Après cette intervention télévisée de haut vol, j’ai suivi les récitals, magnifiques.

Cinquante minutes sans partitions, ni copions, ni tablettes cachées, l’impression d’entendre quatre pianos jouer en même temps par une flopée de doigts qui ne se trompent JAMAIS. C’était tellement fort techniquement que ça m’a donné le vertige. (Pour ma part, et pour l’exemple, je me suis frotté l’autre jour à l’intro de “Thunderstruck” de AC/DC à la guitare: je me suis trompé de case au moins deux fois sur 2 mesures: un gage d’humilité, je sais ce que c’est.)

Depuis cette invitation à cette gloire aux génies, j’ai complètement délaissé les vidéos de Axl Rose chantant “Whole Lotta Rosie” assis. Je suis maintenant branché 24h/24 sur Musiq’3 et je dévore les replays RTBF de toute la compétition. Celle-ci est habilement filmé d’en haut, aussi peut-on contempler la virevolte des mains sur les touches, même sans le son, c’est un spectacle intrinsèque.
Je suis donc devenu un fan absolu du récital proposé par Kana Okada, ma grande favorite (je vous invite à visionner son interprétation des “Niais de Sologne”, ça m’a mis les larmes. Sans rire): elle va gagner, c’est quasi-certain, si vous voulez mon avis.

 

 

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