Coupé au montage l'esprit de l'escalier

22 May 2016

Cher journal. Je viens de surnager dans la sueur de la pire des dépréciations en m'écoutant dans "Coupé au montage" cette belle émission de Myriam Leroy sur la Première. Je suis en effet terriblement déçu de mon intervention, c'est frustrant au possible et comment est-ce possible?

Je le savais cependant.
Au sortir de l'émission, j'ai vécu ce que d'aucuns appellent "l'esprit de l'escalier" (googlez-y, c'est une théorie à la cool); sur la route du retour, me sont venues TOUTES les bonnes réponses aux questions que Myriam Leroy venait de me poser. Le bon développement, les bons arguments. Les bons exemples. Tout m'est venu. Dans la bagnole, pas sur le plateau. Ah c'est CON!

A l'enregistrement, mes neurones n'allaient pas assez vite; la communication entre mon cerveau et ma parole s'articulait à la vitesse d'une brouette pleine poussée par une tortue. Mes réponses alambiquées et cérébrales sortaient avec des éléments de language évitables qui revenaient sans cesse, "Nooon pas ce mot là! Oops sorti tout seul". J'avais l'impression d'être Jean-François Copé ou comme dans "Vice-Versa", victime de plusieurs émoticones dans ma tête.
Agh.
Je voulais répondre en étant maillot jaune en juillet, je me retrouvais en marcel à Oslo.
Je voulais parader en montant les marches de Cannes, je me retrouvais assis sur les marches du ciné-club complet de Broute-La-Zoute. Je voulais être Bourdieu, je répondais comme Luis Fernandez après trois pastis.

Si j'avais pu, j'aurais mieux développé ma pensée, emprunté de jolis détours et glissé des exemples désopilants sur mes rapports exécrables avec les profs de Philo. J'aurais mieux accentué Sandra Kim, ma théorie sur son "J'aime LE vie" (en vitesse: sa façon inconsciente de séduire les néerlandophones - et son futur mari), ou la cristallisation d'une insouciance collective à la belge. J'aurais mieux défendu ma théorie sur Robert Johnston et son pacte avec le diable, on a tous nos diables, et je ne parle pas d'Eden Hazard.

Myriam Leroy est une artiste. Je ne suis qu'admiration. Comment construit-elle ses entretiens? Mais comment fait-elle? Oui, comment fait-elle?
La brillance des trajectoires dressées par ses questions m'a scotché gutta-percha. Comment elle passe d'un sujet à l'autre, vire-volte et passe-muraille, c'est bien foutu nom de djeuh.

A l'antenne, cette voix posée, radiophonique, calme. Des fulgurances. A l'antenne, cette beauté qui ne laisse entrevoir la moindre insécurité. (Je suppose qu'elle a des insécurités, mais elles sont bien masquées.) A contrario, prenons Marie Drucker par exemple: elle est radieuse, oui, elle aussi certes, et brillante cela va sans dire, mais je décèle en elle un doute, un complexe dans la façon qu'elle a de reprendre l'antenne avec un duck-face après les sujets. A l'antenne, je ne sens pas ça chez Myriam Leroy.

(Oui bon, je sais, c'est pas le même exercice, Drucker est en direct, 35 minutes au taquet entre guerre, attentats, grève et Fabrice Luchini, la pression, son oncle, l'audience, tout ça.)

Myriam Leroy me rappelle Pascale Clark des débuts sans les bouderies de diva et la voix parfois pincée quand elle rencontrait l'adversité. Elle pourrait tenir l'antenne d'une grosse radio française les doigts dans le nez, pas le mien, ni le sien, il me semble trop petit pour ça, le mien, il est trop encombré. Elle pourrait tenir la dragée haute au côté de Moix chez Ruquier.

Je le pense, j'aurais aimé le lui dire. Esprit de l'escalier! Nom de djeuh.

 

 

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