La promotion

21 Nov 2017

Le nouvel album est né, sorti, mis en vente et en écoute, il faut désormais le faire connaitre aux yeux, aux oreilles et au coeur du plus grand nombre.
Pour ce faire, on loue, fébrile, les qualités des chansons aux programmateurs radios.

On soumet l'idée d'une chronique magnifique et engagée dans un hebdomadaire.

On défend, auprès des diffuseurs TV, le charisme du chanteur à la cool qui, s'il ne fait pas d'audience globale écrasante, possède quand même une présence télévisuelle remarquable on va dire, haha.

On chipote ou bidouille des clips vidéos.

On dilate les concerts de belle manière.

On active les réseaux sociaux.

On soigne ses maux de dos et ses divers rhumes. On se mouche. On prend de la vitamine C et on repart à la petite vaillance.

Artisans!

 

Les interviews et les entretiens pour les radios, TV ou presse papier sont toujours, toujours, si pas amusants, surprenants et troublants.

Vous pouvez avoir une entrevue riche et débordante de passion avec un journaliste brillant et plus tard observer que le compte-rendu de l'entretien fait deux lignes sans envergure.

Vous pouvez trouver l'échange avec une jeune débutante pour le moins timide mais la vision du projet dans l'article contiendra des réflexions pertinentes au possible.

Vous pouvez vous dire que tel quotidien semble vulgaire et vous retrouvez devant un reporter exquis.

Vous pouvez évaluer d'un entretien télévisuel qu'il soulignait une richesse folle dans les regards et les silences complices et comprendre que le montage fait de vous un pauv' con.

Vous pouvez être applaudi par l'équipe technique TV pour votre envolée verbale et ne retrouvez aucun passage de vos bons mots dans le montage.

Vous pouvez vous assoir en face de chroniqueurs qui n'ont vraiment pas écouté l'album et ne pas leur en tenir rigueur tant ils sont excellents dans l'exercice de la flottaison improvisée.

Vous pouvez, avant de prendre l'antenne, converser avec un présentateur d'une tristesse assommante et comprendre qu'une fois l'émission lancée, cet individu pétarade d'enthousiasme et pétille de tous ses pores, ce qui vous gonfle d'énergie, sans doute superficielle, mais tellement bonne à prendre.

Toujours est toujours, toujours surprenant dans la valse de la promotion.

 

(Il n'est pas toujours simple d'avoir une énergie constante lorsque vous êtes en pleine promotion. De fait, la semaine passée, ai-je vu le documentaire de 1994 sur la campagne électorale de Didier Schuller, l'homme politique qui se présentait alors aux cantonales dans les Hauts-de-Seine - avant de viser la Mairie de Clichy. Le documentaire suit le parcours d'un homme ô combien jovial, diplomate, souriant, démagogique un peu ou beaucoup, toujours truculent à l'oeil doux.

Rien du montage ou de la réalisation ne m'ont permis pas de savoir combien l'homme politique était faux ou viscéralement sincère. Le personnage m'a semblé souvent sincère. Si c'est le cas, c'est épatant à observer une âme aussi constante dans l'humeur et la jovialité. Si ce n'est pas le cas, si Didier Schuller n'était que cynisme, c'est tout aussi épatant et d'un niveau himalayayesque.)

 

 

 

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